Pourquoi les artistes britanniques ne veulent pas du Brexit – MiNT
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Pourquoi les artistes britanniques ne veulent pas du Brexit

Bob Geldof a choisi le Guardian – grand quotidien de centre-gauche – pour exprimer tout le mal qu’il pense du Brexit. Une lettre ouverte à Theresa May adoubée par de grands noms du rock et de la pop britanniques, dont Sting et Damon Albarn.

Dans leur lettre ouverte à la Première Ministre, Geldof et ses pairs n’y vont pas avec le dos de la cuillère et parlent d’un risque d' »isolement« , allant jusqu’à évoquer l’expression « prison culturelle »  : la tribune a été publiée le week-end dernier à la une de l’Observer,  l’édition dominicale du Guardian.

Bob Geldof appelle à l’organisation d’un nouveau référendum sur la sortie de l’UE, seule manière (à ses yeux) d’empêcher que le le Brexit « ne bousille notre avenir » ; il est rejoint dans son plaidoyer par un nombre assez impressionnant de signataires : Ed Sheeran, Sting, Damon Albarn et plusieurs dizaines de musiciens dont le chef d’orchestre Simon Rattle, le batteur de Queen Roger Taylor et le chanteur américain Paul Simon. Cette option, qui rallie de plus en plus de Britanniques, a été toutefois fermement rejetée par le gouvernement ce week-end.

We are about to make a very serious mistake regarding our giant industry and the vast pool of yet undiscovered genius that lives on this little island.” – Bob Geldof

« Sans l’Europe, nous ne serions pas devenus le groupe que nous sommes. »

Pour Massive Attack, qui a vendu plus de 11 millions d’albums dans le monde, le Brexit pose un problème financier concret : Robert del Naja explique qu’il reste convaincu « que chacun doit contribuer à sa mesure en payant des taxes« , mais trouve « répugnant moralement que la Grande-Bretagne change les règles. » Il prédit la fermeture de plusieurs festivals et des risques pour la promotion de nouveaux artistes. « Sans l’Europe, nous ne serions pas devenus le groupe que nous sommes aujourd’hui. Quand nous avons joué en Italie, en France et dans le reste de l’Europe, c’est le public qui a défini qui nous allions devenir. Nous n’aurions jamais réussi aussi longtemps si nous n’avions pas vu le privilège de jouer dans le reste de l’Europe. »  Allusion notamment aux risques posés par la libre-circulation des personnes et à la nécessité d’obtenir des visas désormais pour jouer en Europe continentale.

Stephen Bass (Moshi Moshi Records) confirme : des formations comme Bloc Party, Kate Nash ou Florence + the Machine vont éprouver des difficultés à cause des « changements dans les règles de libre-circulation« .  Difficultés financières, mais également pour les équipes intégrées aux tournées de ses artistes, prévient-il.

Illustration : « What impact will Brexit have on the music industry? » Metro UK, avril 2017.

La lettre ouverte de Bob Geldof

Voici une partie de la lettre ouverte publiée dans l’Observer. Elle peut être lue intégralement sur le site web du journal.

The open letter To Theresa May:

« Imagine Britain without its music. If it’s hard for us, then it’s impossible for the rest of the world. In this one area, if nowhere else, Britain does still rule the waves. The airwaves. The cyberwaves. The soundwaves. It is of us. It is our culture.

We dominate the market and our bands, singers, musicians, writers, producers and engineers work all over Europe and the world. In turn, Europe and the world come to us. Why? Because we are brilliant at it. No one quite knows why this should be but everyone understands it to be so.

(…)

A massive 60% of all royalty revenue paid to the UK comes from within the EU. And at home, ANY increase in import duty will mean that ANYTHING that comes to us from outside will cost significantly more. We have decided to put ourselves inside a self-built cultural jail! The very opposite of wall-destroying, prejudice-denying, ideas-generating that is the very essence of contemporary music. And yet it is the much-mocked freedom of movement that so effortlessly allows our troubadours, our cultural warriors, to wander Europe and speak of us to a world that cannot get enough of [them], and which generates countless billions for our threatened institutions.

(…)

Let’s rock Europe and let’s save our music, our musicians, our music jobs and our songs. Let’s save our voice. »

Cédric Godart

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