En tête-à-tête avec William Fitzsimmons – MiNT
Écouter

En tête-à-tête avec William Fitzsimmons

C’est l’histoire d’un artiste américain hors-jeu. L’histoire de Mission Bell, un album né d’une longue maladie d’amour. Mal en campagne et mal en ville : William Fitzsimmons est-il un petit peu trop fragile?  

Il ressentait le retour du folk (celui des fermiers de la Road 66 vers la fin des années 20), alors il a voulu lui donner de nouvelles couleurs. William est musicien, mais surtout psychothérapeute. Il est né à Pittsburgh et vit aujourd’hui à Jacksonville. C’est sur MySpace qu’il choisit de partager ses premières compositions il y a plus de dix ans.

Until When We Are Ghosts sort en 2005.  Son premier album ne franchit pas le mur du son des radios, qui le boudent. Son problème ? Cet Américain refuse de s’inscrire dans la norme. Il fera tout de même pleurer quelques millions d’âmes dans un épisode oublié de Grey’s Anatomy (rampe de lancement idéale pour ce genre de musique).

Tout ce temps où il tisse sa toile autour d’un public de plus en plus captivé, de moins en moins restreint, il reste dans l’ombre, par choix d’abord.  Sa carrière se poursuit et les albums se succèdent. Adulé en Californie (normal pour un hipster au grand cœur) et auprès d’un certain public européen, il met sa sensibilité au service de l’introspection de ceux qui viennent (et reviennent) le voir. Qu’il rassure. Qu’il émeut. Qu’il apaise. Ses concerts se terminent à peu près toujours de la même manière. Il débranche le micro. Il s’installe au centre du public et joue de la guitare. Le silence se fait. C’est une communion. On entend les respirations voler.

William Fitzsimmons n’est pas n’importe quel chanteur pour moi. Il représente mon (propre) départ aux États-Unis. Sa préparation surtout. Ce coup de fil donné un soir de mars où Spotify me propose Beautiful Girl, puis It’s not True. Ce concert donné – curieux hasard – à l’Independent de San Francisco (où je le verrai près de 4 fois en 3 ans), durant un court voyage de repérage, mi-2013. Trop de hasards sans doute. Comme d’autres, je le suis, je le guette. Comme d’autres, il entretient l’une de mes cordes sensibles et j’ai l’impression de le connaître depuis toujours. J’aurais utilisé le tu si nous avions échangé les mots qui suivent en français. Ce n’est pas mon habitude.

Mission Bell sort ce vendredi (son plus bel album).  On se demandait pourquoi il avait a dû annuler sa tournée européenne en 2017. L’explication viendrait un peu plus tard : une très douloureuse séparation amoureuse avec son épouse. Une histoire banale de laquelle est né un album intense, délicat et désabusé. Cru à bien des égards. Mais d’une immense volupté.

Il sera bien là pour nous en parler le 16 octobre prochain à Bruxelles, au Botanique.  Vianney et Serge parleront de sa carrière ce dimanche de 10h à midi dans « Serge à la Manœuvre« .

L’interview

Je termine plusieurs dizaines d’écoutes de Mission Bell avec l’impression d’avoir souffert ton histoire par procuration. Qu’est-ce qui explique cette connexion si intense et particulière que tu entretiens avec tes fans ?

«Il faut admettre qu’il y a des éléments parfois indigestes, enfouis, enterrés au plus profond de nous-mêmes. Cet album, c’est une sorte de confrontation avec tout cela. Tout le monde n’y est pas prêt. Ce doit être pour cette raison que certaines personnes sont si sensibles à ma musique, alors que d’autres éprouvent une certaine aversion pour ce que je chante. Mission Bell est une histoire vraie, crue, douloureuse. Ce n’est pas ce que l’industrie du divertissement a l’habitude de livrer, mais c’est ma vérité à moi.»

Tu n’es ni triste ni sinistre. Tu es en vérité assez drôle, y compris sur scène.

«C’est gentil de le préciser. Je ne dis pas qu’il ne faut chanter que des trucs douloureux. Je préfère rire et ressentir la joie à être confronté à la douleur. Mais j’y suis ouvert et je sais que ces moments font partie du voyage. Je les accepte. Dans ma carrière, j’ai écrit des chansons dont j’étais certain qu’elles allaient toucher le public et, finalement, j’étais le seul à les apprécier. Au contraire, d’autres sur lesquelles je misais moins sont devenues des classiques qu’on me demande à chaque concert. Tout cela est hors de mon contrôle. On ne force pas l’émotion à un public. On se contente d’être le vecteur, la voix, de sentiments et d’expériences. Mon ambition, c’est de continuer à vivre et à écrire le plus honnêtement possible.»

Les titres de l’album, tu les as joués cet été sur différentes scènes, en Allemagne notamment, avant la sortie de l’album. Ce n’est pas compliqué à gérer ?

«Je prends toujours soin de raconter ce que j’ai écrit, de donner des informations pour que les gens puissent comprendre et ressentir les choses. Je me permets d’aller loin sur scène, mais j’ai aussi appris à garder certaines distances, ce qui me permet de mieux jouer et de ne pas m’effondrer sur scène. C’est arrivé dans le passé et ce n’est pas beau à voir. Pour en revenir à l’Allemagne, c’est là que j’ai joué ma musique la première fois en dehors des États-Unis et j’ai ressenti beaucoup de bienveillance à mon égard. J’y ai gardé des souvenirs émus et des amis proches.»

Il y aurait quelque chose d’européen dans ta musique ?

«En tout cas, c’est une joie répétée et je ne dis pas ça pour vous flatter. Ici, on traite la musique et on la ressent différemment de ce que je connais en Amérique du Nord. J’adore être en tournée aux États-Unis, mais y défendre ma musique est plus compliqué qu’en Europe. Sans doute parce que les gens sont inondés de compositions sans âme. Ma musique n’y pas peut-être pas naturellement sa place. Le Botanique est un endroit splendide, j’ai vraiment hâte d’y être. Et je me réjouis de revenir en Belgique. Avec ce nouvel album et puis mon nouveau groupe. Je dois avouer que je n’ai plus pris autant de plaisir à jouer sur scène depuis plusieurs années. Et Josh, qui assure ma première partie, est un ami. C’est un chanteur fabuleux. Sur scène notamment. Ce que nous faisons est assez similaire quelque part. Nos musiques se complètent.»

Je me suis demandé quelle était ma chanson favorite sur l’album et c’est In The Light, qu’on pourra découvrir vendredi à la sortie de l’album. Un duo (pas le seul) avec une femme. À dessein ?

«Plusieurs titres sur l’album sont écrits avec une perception féminine de la relation amoureuse. Être accompagné par une femme dans une chanson comme In The Light n’est pas une nécessité en soi, mais c’était pour moi la meilleure manière de rendre le titre plus authentique. Il n’y a ni victime ni bourreau dans l’histoire que cette chanson raconte. Chacun a ses torts. Chacun fait mal à l’autre. C’est une histoire d’êtres humains dans ce qu’ils font de mieux : détruire ce qu’ils (s)ont et ceux qui les entourent. Cette chanson est vachement importante pour moi sur cet album, car sans elle, l’histoire serait celle d’une seule voix. Or nous étions deux dans cette déroute. La chanson apporte de l’équilibre, remet les pendules à l’heure. Cela me touche beaucoup qu’elle soit ta préférée.»

Mission Bell de William Fitzsimmons sort ce vendredi 21 septembre chez Grönland Records. En concert le mardi 16 octobre au Botanique à Bruxelles.

Cédric Godart

« Mission Bell » en streaming

William Fitzsimmons, la collection

Concert : 16 octobre à Bruxelles (Botanique)

William Fitzsimmons

Écouter