Avec Vianney, nous avons pris… un menu 6 services – MiNT
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Avec Vianney, nous avons pris… un menu 6 services

Des origines de son nom de famille – ‘t Kint -, Vianney a gardé une noblesse bien élevée, mais a troqué la dentelle contre un blue jeans et une moto qui peut rouler très vite. Rencontre avec un cœur de rocker.

Prénom : Vianney – Nom : ‘t Kint
Profession : Directeur d’antenne de MiNT
Sur MiNT : le dimanche de 10 à 12h dans Serge à la Manœuvre.

Quand il s’est agi d’écrire le portrait de mes comparses de radio, il n’a jamais été question de panne sèche. Cette fois, ce n’est pas uniquement l’animateur qu’il m’est confié de vous faire découvrir, mais notre station manager, entendez la personne qui est au-dessus d’à peu près tous ceux qui font la radio pop rock au quotidien.

Dans ce cas précis, le risque est double : tentation à la flagornerie ou censure. Ou un insipide mélange des deux. Comment s’en sortir ? En sortant. J’avais d’abord pensé à la piste du VTT, activité qu’il pratique comme d’autres patrons annulent leurs rendez-vous du vendredi pour aller faire du golf. Scénario de base : 20 km dans la Forêt de Soignes (avec une pause au Château de la Hulpe autour d’une Kriek).  Problème : je ne suis pas Adrien Joveneau et la saison n’est pas sèche.

Allons au restaurant.

Sortir ce soir

Rendez-vous pris – par ses soins – à une bonne table (« Mercredi soir. Je passe te chercher. » Heure précise. Endroit précis.). La pratique de la radio se manifeste par une obsession : le temps juste.  Direction la Buvette, à Saint-Gilles, une ancienne boucherie chevaline de style art déco transformée en restaurant, prisé. L’adresse lui a été conseillée par Julien M.

Nous sommes (parmi) les premiers à table, derrière les Américains (cela ne compte pas, ils mangent tôt). « Il fut une époque où je faisais de la radio tous les jours et où j’étais capable de dire à n’importe quel moment de la journée quelle heure il était. »

De cette époque dont il parle (une vingtaine d’années environ au sein de Bel RTL, BXL la city radio, MiNT première époque, puis Bel RTL encore), il reste une vidéo qui traîne sur Youtube où il est déguisé en lapin, mais surtout une pratique intensive de la radio qui lui a forgé l’oreille la plus aiguisée que je connaisse.  Celle qui perçoit les erreurs, les doutes, le manque de concentration, le déficit de grammaire, le besoin d’exister, la fatigue des stéréotypes. Avec un certain manque de tact, parfois, qui est tout à son honneur : la chose est pensée, la chose est dite, on passe à autre chose.

J’ai demandé à son comparse de l’époque, Michaël Pachen, quels termes lui venaient à l’esprit à l’évocation de Vianney : « Ironie, talent, humour, franchise, curiosité. Et un dernier mot, défi. »

Au commencement

S’il se livre facilement en spectacle au quotidien dans des exercices fulgurants de créativité artistique, Vianney est avant tout un extraverti des étages. De là à se confier pour un portrait, il y a un pas à ne pas franchir. Le pas de sa porte. Dans ces moments, il me faut rassurer : « Ce n’est pas pour faire la couverture de TéléStar, mais pour transmettre un peu de l’humanité de ceux qui, au jour le jour, font MiNT. » M’a-t-il vraiment cru un instant ?

L’anxiété fait parler de tout sauf de l’essentiel : de soi. Recette de base : injecter quelques gouttes d’alcool pour favoriser les confidences, sur fond de dégustation d’épinards, de ricotta et de sésame noir croquant (les mots, hélas, ne rendent pas justice à cette entrée).

L’occasion est trop belle pour lui demander (technique héritée de maladroites dragues adolescentes, avant la découverte des richesses de la linguistique pour arriver à ses fins) si on mangeait des épinards à la cantine du Collège Cardinal Mercier à Braine-l’Alleud, études de formalité qu’il a menées comme d’autres prennent le train, avant de s’attaquer à une année d’ingénieur commercial. Ingénieur commercial, vraiment ? Juste un secret de famille (dont il sera délivré).  Une seule année suffira, avant l’engrenage : il se retrouvera sur les bancs de l’IAD. La bande-son de sa vie est en marche.

Le premier jour

Que font les garçons entre eux ? Ils comparent leur première fois. Ses premiers auditeurs ont dû être camionneurs ou colombophiles : « J’ai en fait commencé la radio chez moi. En empruntant une CB (radioamateur) au voisin. J’y ai branché une petite table de mixage. Sur cette table, je me souviens très précisément qu’il y avait deux decks (cassette audio). J’enregistrais un morceau par face de cassette, morceau enregistré sur Fun Radio que j’écoutais à l’époque. »

Ensuite vient le moment où l’expression primaire par radioamateur suffit (il correspondait à l’époque bien souvent à la saisie d’un émetteur FM illégal). Étape secondaire, Canal 44 (ex-Radio Queen) à Braine-l’Alleud : « Une émission rock, juste après une dame qui… tricotait pendant son émission. » Le problème au jeu des questions est sa vivacité d’esprit. Tout tourne court. Il gagne toujours.

C’est tout ? « Non, évidemment que non ! D’ailleurs, maintenant qu’on en parle, tout revient ! Notamment la radio universitaire à Louvain-la-Neuve, où j’ai passé 3 belles années au kot à projet. Parfois, je faisais le morning, le temps de midi et la fin d’après-midi. Je dois aussi faire une confession : j’utilisais le studio comme chambre pendant l’été. J’avais quitté la maison… »

La peau dure

À moins de 40 ans, Vianney ‘t Kint est l’un des directeurs d’antenne les plus jeunes de sa génération : « Du coup, je me suis dit que c’était un accident. Et que quelqu’un allait finir par me capter. Pour être super honnête et ne pas me défiler, j’ai toujours senti que j’avais le profil pour le faire, mais si tôt, je ne l’aurais jamais imaginé. En fait, j’ai tout fait en radio : programmation, production, animation, technique. Tout sauf une école de management. » Pas évident pour lui, c’est vrai, de mettre l’humain au placard lorsqu’il s’agit de trancher. Ces choses-là s’apprennent sur le tard. Un petit air de Macron inattendu des ondes même pas 40 ans et déjà calife ? « Physiquement, oui. Mais, sérieusement non. D’ailleurs, je n’ai pas de Brigitte. »

Et en matière de musique ? On démarre par le plaisir coupable. Il sort du chapeau sans la moindre réflexion : Luis Prima « Just a gigolo ». Honnête.

Et pour ce qui est du pop-rock ?

  1. Queen « Bohemian Rhapsody »
  2. Muse « Butterflies and Hurricanes »
  3. Radiohead « Creep »

Que nos vies aient l’air d’un film parfait

On aurait presque envie de l’emmener sur le terrain glissant des filles et des sentiments. On préfère le garder encore un peu pour soi, avant de l’ennuyer ou d’arriver à ce point de la soirée où il se retire de la conversation pour ne pas gâcher les moments de trop.

Il nous emmène où, en vacances ? Sur une BMW R 1200GS : « Choisir un endroit, c’est impossible. Et je n’en ai pas envie. Je vais privilégier le chemin à la destination. J’ai fait une grosse découverte l’été dernier, même si cette perspective me foutait un peu les jetons avant le départ. La moto, seul, sur les petites routes.  Pour vivre les paysages (impossible en voiture). Et parler à des inconnus. Mais surtout se retrouver face à sa solitude pour en faire quelque chose. Ma première échappée seul a eu pour cadre enchanteur les Cinque Terre. »  Amoureux solitaire, après tout qu’importe ! Des destinations à venir, alors ? «. J’ai déjà très envie de voir les Highlands en Écosse. Et puis la Corse. »

Et le soir, après avoir roulé, on se détend devant une émission, un documentaire, un débat ? « Je ne regarde plus la télévision. Hormis les soirées Youtube ou Netflix, je n’ai pas de recommandation particulière. J’ai tout de même des préférences. Tout ce qui concerne les avocats me passionne. Les films, les livres, les séries. »

La nuit blanche pourrait durer

Le moment du dessert est le plus délicat à négocier. Et encore, il n’est pas ici question de coucher, mais de conclure l’entrevue, qui marque l’anniversaire de sa première année à la tête de MiNT. Figues, myrtilles et meringue animent la table. « C’était parfait. Tu devrais y emmener G. Je vais y emmener A. » Parce qu’il faut bien entrer dans le dur, A. est responsable d’un chapelet de messages instantanés qui ont fait vibrer son smartphone une bonne dizaine de fois durant le repas. C’est un garçon de bonne manière, qui va se laver les mains ou demande s’il peut s’en griller une, pour y répondre.

Au moment de régler l’addition, elle est déjà réglée. Bien élevé, disait-on.  Le jour où il cessera d’entrer par effraction dans le studio pour demander « qui a baisé la veille » ou pour tester une vanne qu’il va recycler une bonne dizaine de fois sur une bonne dizaine de victimes,  le temps sera venu de lui rappeler à ce qu’il fait de mieux au jour le jour avec nous depuis une année exactement : être lui-même.

Retrouvez Vianney aux côtés de Serge Jonckers
le dimanche de 10h à 12h dans Serge à la Manœuvre

Cedric Godart

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