Avec Jessica Nibelle, nous avons pris… un vin blanc – MiNT
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Avec Jessica Nibelle, nous avons pris… un vin blanc

Elle admire la conviction d’Ingrid Betancourt et de Malala Yousafzai. Mais ce qu’elle apprécie par-dessus tout, ce sont des anonymes – «des hommes et des femmes dont l’énergie va aux autres» -. Son énergie, parlons-en : elle impressionne et intimide. J’ai tenté de suivre Jessica Nibelle, voix off.

Jessica est née à St-Elisabeth à Uccle, par une glaciale après-midi de l’hiver 1982. À Bruxelles, cette année-là, la couche de neige est restée très fine, mais a persisté durant 16 jours, un record. «Je devine la question qui suit. C’est pour cela que j’ai l’air sévère?» Sa voix assertive passe difficilement inaperçue, mais c’est juste un jeu, un masque. Elle prend place et son allure est sportive. La glace est déjà brisée avant d’avoir commencé.

Pas de thé, pas de café, mais un verre de vin blanc sur la table basse. Va-t-elle comprendre pourquoi ? «Ah, vous êtes bien renseigné ! Attention, hein, moi ça, ça me donne juste envie de mettre Michel Telo !» Sourire et première confidence : «J’adore les chanteurs latino. C’est mon petit plaisir coupable. Ça me fait penser à Salamanque, où j’ai des souvenirs complètement dingues. Je devais avoir 19 ans. Les nuits étaient plus longues que les jours…» Long soupir, suivi d’un silence, affable mais inquiet. Elle nous fixe et voudrait poser des questions. Pas cette fois. «J’ai pigé, c’est à moi de passer sur le grill. D’où le vin blanc. Ok, c’est le jeu !»

On prend l’E40 direction Seraing

Mais pas pour un film des frères Dardenne. Arrivée sur la radio pop rock en 2016, après un passage par Twizz, le journal de RTL TVI, Radio Contact, elle a d’abord conçu les Minutes MiNT, mais son talent la propulse rapidement aux commandes des après-midis, dès le début de l’année 2017 aux côtés de Shalimar Debru. Ce créneau horaire, elle l’occupe désormais entre 15 et 19h, seule.

MiNT est une radio qu’elle connaît bien : «Je dois avouer un truc, je jalousais les animateurs et les journalistes qui y travaillaient dans la première version, en 2007. Je travaillais ailleurs à ce moment-là.» Nous demandons quelques précisions. Jessica se souvient du studio de Ciel FM à Seraing : «Je faisais les trajets tous les jours de la capitale et je devais grimper au 24e étage de la plus haute tour de la ville pour présenter les infos.»

Aujourd’hui, Jessica affiche une certaine fierté à faire partie de l’aventure MiNT, chaîne qu’elle décrit urbaine, fraîche et dont le ton correspond à son tempérament. Traduction : trempé. «Musicalement, c’est le genre de radio qu’on écoute au boulot ou en fond sonore lors de soirées entre potes et elle me convient très bien.»

On ajoute à la playlist… Bastille

Aux guilty pleasures d’écouter Ricky Martin et Juanes, Jessica établit un top 3 bien plus pop rock pour nous plaire.  Bingo !

  1. Bastille « Glory »
  2. The War on drugs « Holding  On »
  3. Muse « Unintended »

Des choix plutôt masculins, non ? «C’est reparti, vous allez dire que je suis un garçon manqué maintenant !» Du tout, c’est tout le contraire qui se dégage d’elle. Une sorte de féminité totalement assumée.

Renferme-t-elle des souvenirs émus de radio durant l’adolescence ? Elle cite Doc et Difool sur Fun Radio, écoutés sous la couette, puis la Zone Rouge de NRJ. «C’est eux qui m’ont donné envie de faire de la radio.» De la radio pour parler, pour transmettre, pour échanger. Des idoles ? «En fait non, je pense que ce qui m’a toujours fasciné dans la radio, ce sont les voix et l’imaginaire. Quand j’étais petite, j’étais d’ailleurs voix off des pubs qui passaient. J’ai toujours considéré qu’il ne fallait pas que ces voix soient différentes de ce qu’avait décidé mon imaginaire.» Jamais, vraiment jamais ? «Si, une fois, j’ai rencontré Jean Piat, alors que je travaillais pour la presse écrite. Pour moi, c’est la plus belle voix française. Son timbre m’a littéralement transportée durant l’interview. C’était comme… un orgasme, auditif.»

Comme si c’était sa dernière chance

L’énergie qui se dégage de Jessica est communicative. Elle s’avoue épicurienne – «la bouffe, les apéros au champagne, les copains, la musique rock» – et confie que le dimanche soir est souvent l’occasion d’une grande remise en question, le vertige, le fantasme d’une vie plus calme. «Mais cela ne dure pas. Le week-end suivant, je recommence. Ma famille est ma raison de vivre. Après le boulot, c’est le bordel à la maison et c’est très bien ainsi. Je joue avec mes deux garçons, à quatre pattes au sol. Je veux en profiter, le plus possible.»

L’occasion parfaite pour se poser autour d’une phrase, extraite d’un livre, d’une citation. Bonne élève, elle l’a imprimée sur du papier recyclé (un symbole). On y lit des paroles de Michel Fugain :

« Chante la vie chante
Comme si tu devais mourir demain
Comme si plus rien n’avait d’importance
Chante, oui chante. »

Peur de mourir, Jessica ? «J’ai été journaliste de terrain pendant quelques années. J’ai été témoin de tranches de vie très difficiles et d’événements tragiques qui m’ont appris à relativiser et profiter de la chance que j’ai de vivre une vie tout en coton…»

Jessica est une fille qui vit vite, très vite et qui aime la compétition… par goût du jeu. «Par exemple, j’adore regarder « Tout le Monde veut prendre sa place ». Et pour tout vous dire, j’ai même passé le casting. Je suis allée en plateau, mais je n’avais pas le niveau de Christophe Bourdon. J’ai été arrêtée en demi-finale.» Nous demandons le bilan de l’expérience : «Une nuit dans un hôtel Ibis pourri, en banlieue parisienne, une valise comme cadeau de consolation et une poignée de main à Nagui. Je sais ça en jette !»

Là où elle nous emmènera

Direction les plages désertes près de Cap Ferret. Illustration avant l’explication.

«Il faut les mériter, car l’accès est compliqué. Une promenade en forêt puis une traversée de 500 mètres à travers les dunes avec un sacré dénivelé. » De là, le spectacle est à couper le souffle. Elle le répète plusieurs fois, les yeux absents : « Vous avez l’impression d’être seul au monde face à l’océan. Des vagues immenses heurtent la plage. C’est impressionnant. » Trop de solitude tue rapidement la solitude : « Ben oui, après ça, on va déguster des huîtres et un verre de blanc dans une des cabanes de Cap Ferret !»

Cédric G.

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